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Il s'en passe de belles l'atelier !
ou
Deux ou trois choses que je crois savoir d'elle
Mon travail est orienté par une relation ambigue avec le support, avec l'outil et le matériau utilisé. Il se caractérise par un détournement systématique de ces matériaux, par une d?rive constante du sens qui semble définir la peinture au fur et ? mesure que le travail avance.
Je respecte la surface vierge de la toile uniquement parce que j'ai une peur bleue de la virginité, comme l'écrivain redoute la page blanche.
Alors dans l'effroi, je l'efface, je la salie. Quelque fois, je procède par forte accumulation de matières liquides (sous la forme de nappes consécutives) qui viennent recouvrir aléatoirement une partie ou toute la surface de la toile. Une fois que ces coulées ont en partie séché, je découvre un nouveau territoire opérationnel, hétérogène, qui n?attend plus que d'être creusé, fouillé, exhumé afin de révéler les aspects géologiques de la mati?re et de mettre à jour des territoires d'oubli.
" Errer humanum est ". Je suis rempli de contradictions. Très souvent, il m?arrive d'épargner dans le travail préparatoire le blanc de la toile, parce que je suis essentiellement accaparé par le signe et la ligne. Alors, on peut dire que " j'écris ". Seulement, je n'écris ou ne trace jamais directement sur la surface; je maroufle au préalable différentes épaisseurs de papiers, jouant avec leurs aspects lisses ou fibreux, selon. L'adjonction dans le marouflage de colle vinylique va former un réseau imperceptible que j'oublie aussitôt et qui causera des ruptures accidentelles de la ligne ou à un changement d'état radical. De la pureté naîtra l'altérité etc.
Innombrables étant les couleurs du spectre, je préfère en utiliser deux ou trois, si on considère le blanc du papier, plutôt que de mal les utiliser toutes. Je décline alors ces couleurs dans de fortes tonalités un peu comme on emploie des oxymorons. La liberté n'étant que l'absence de choix, je n?utilise parfois qu'une couleur, une teinture naturelle, le brou de noix ou un vernis d'ébéniste.
L?inspiration (autrement dit la Muse) ne m?ayant jamais empéché de dormir, je trouve dans les matériaux, dans leur épaisseurs, leur consistance, leur fibre, leur structure, la nature même de mon cheminement ainsi que le goût intempestif de l?interrogation.
Mais je vous l'ai dit, je ne respecte pas la toile. Je me trompe et la trompe sans relâche. Je vis avec la peinture une relation extra-conjugale.
Jean-Claude PARDOU
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