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Ma pratique artistique s’est tout d’abord orientée vers une recherche sur le thème de la «nature comme outil». A partir de végétaux (herbes, écorces, aiguilles de pin, mousses, feuilles...), j’ai cherché à réaliser des empreintes. Au cours des expérimentations, je me suis rendue compte que les traces auxquelles on assimilait trop facilement les éléments naturels dont elles étaient issues, ne m’intéressaient pas.
J’ai donc tenté d’agencer les éléments de façon à brouiller les pistes pour que l’on ait un début de perte du regard, et surtout que le spectateur se pose des questions.
La question récurrente «Qu’est-ce que c’est ?», posée par un public non connaisseur d’art est ici légitime; car le but de cette peinture est que l’on ne reconnaisse pas ou très peu les éléments de la réalité avec lesquels la peinture a été réalisée. Et je souhaiterais inciter le spectateur à dépasser cette première approche, dans le but qu’il établisse une démarche de recherche de la source, qu’il émette des hypothèses sur celle-ci. Et plus encore, j’invite le spectateur à observer très attentivement, d’abord un regard général sur la peinture, puis j’espère l’inciter à regarder plus intensément, jusqu’aux moindres détails.
Ainsi mon objectif est que le spectateur se perde, mais surtout qu’il voit à travers ces traces quelque chose d’autre que leurs réelles identités. Je veux solliciter notre pouvoir d’extrapolation à partir d’une forme, notre force mentale à se créer un imaginaire. Ce qui m’intéresse est de créer des surfaces dans lesquelles chacun de nous pourra voir quelque chose de différent. Comme dans le test des taches symétriques de Roscharch, auquel chacun peut se livrer, on extrapole, on imagine, on divague à partir d’une forme diffuse. Une personne verra à travers une même forme des interprétations différentes, suivant les idées, les humeurs du moment. L’association du mot tache à la symétrie est contraire aux caractéristiques propres de la tache. Car les formes identifiées comme des taches sont en perpétuel devenir.
Mon travail ne s’oriente pas dans le sens d’une forme maîtrisée, symétrique puisque je souhaite m’opposer à ordre et tendre au chaos. Le mouvement et la dilution sont encrés dans la tache, encore plus que dans l’empreinte et la trace, c’est pourquoi je vais peu à peu m’orienter vers elle, afin de susciter une imagerie imaginaire auprès du public. Pour produire cet effet, j’utilise les registres de l’empreinte, de la trace et de la tache; car celles-ci ont la faculté de créer des formes plus ou moins indéfinies faisant appel à une mémoire individuelle ou collective, à une dérive narrative, et à une délivrance intellectuelle allant vers le monde de la rêverie où «tout est possible et imaginable».
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