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Parler de ma peinture, c’est la revivre, la recomposer avec la peur de la déconstruire, la peur de m’en éloigner et de ne pas restituer l’essence de mon travail.
Je peux en décrire les étapes, les techniques, les matières, parler de ce rendu visible et évident. Je peux dresser la liste de tous ces gestes maintes fois répétés.
Mais tout cela me donne l’impression de parler dans le vide, de parler sans mes mots.
Je préfère plutôt partager le plaisir que j’éprouve seule face à ma toile, assaillie de mille doutes, hésitant pendant des heures.
Ces moments où je suis libre
De trouver la bonne matière
De la placer en avant
De la recouvrir
Ou de la soustraire
Me satisfaire d’une couleur
Tendre vers l’équilibre
Repenser la lumière
L’oublier un instant
Puis revenir aux couleurs
La couvrir de nouveau
La superposer
Perdre l’équilibre
Et le retrouver
Me pencher sur la toile
Puis m’en éloigner
M’en défaire
M’efforcer de ne plus la voir
La regarder de loin
Et soudainement la trouver
La comprendre
Puis y renoncer
La recouvrir peut-être
Me découvrir sûrement
Composer sans le rouge
Trouver une meilleure teinte
Ne plus chercher le bon geste, le bon ordre, le bon endroit
Mais inventer
Me laisser faire
Prendre le temps d’essayer
Perdre pied
Et ne jamais lâcher prise
Me mettre en danger
Me mettre à nue
Pour m’amuser de nouveau
Pour réapprendre à ne plus savoir
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