Jacques Chuilon   -  GALERIE VIRTUELLE OHO-ART  :  ART CONTEMPORAIN

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Jacques Chuilon

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ART CONTEMPORAIN - peinture / Galerie virtuelle de l'artiste contemporain jacques chuilon  
 
_ L’essentiel pour un portraitiste est de capter la ressemblance…

_ Je ne crois pas que la Joconde doive sa célébrité à la reproduction fidèle des traits de son modèle.

_ Mais nous n’en savons rien...

_ C’est bien ce que je dis. Sa gloire vient d’autres particularités. D’ailleurs je peux vous citer une anecdote : Michel-Ange à qui l’on faisait remarquer le peu de points communs de ses Laurent et Julien de Médicis avec les originaux, répondait : « Qui s’en souciera dans deux siècles ? ».

_ La copie du réel n’est donc pas le but de l’art…

_ Bien sûr que non !

_ Diriez-vous cependant que le réel constitue votre source d’inspiration ?

_ Même pas. C’est plutôt un prétexte. Tous les artistes, ou presque, vous diront la même chose.

_Si ce n’est pas le cas de la peinture, pour vous, ce serait la photographie qui traduirait le mieux le monde tel qu’il est, et donc le visage d’un individu.

_ Je ne dirai pas cela non plus. Il existe de nombreuses photos qui ne sont pas ressemblantes.

_ Elles reproduisent pourtant la réalité.

_ De quoi voulez-vous parler ? Quand on regarde un cliché on n’est pas tenté de douter de sa vérité, parce qu’on la croit objective, mais à tort. Une photo vous dit : je ne mens pas, les choses sont ainsi puisque je n’ai rien inventé. La photo n’a pas à convaincre de son exactitude, on lui fait crédit. Un tableau se regarde tout autrement. Nul n’ignore qu’il s’agit d’une peinture, que chaque forme a été tracée selon le désir du peintre. Plus encore, la probité de la peinture est de s’afficher pour ce qu’elle est… Le photographe, doit accepter ce qui existe devant lui avant d’en opérer l’empreinte. Il peut certes, intervenir de diverses façons, mais pas aussi commodément que le peintre qui ajoute, comme Ingres, trois vertèbres à son Odalisque si cela lui chante.

_ Mais vous apportez de l’eau à mon moulin sur la fiabilité du cliché.

_ Pas exactement. Malgré la confiance dont jouit la photographie, de nombreux éléments viennent en fausser l’image. On le sait, la focale choisie, ainsi que l’angle de vue, déforment ce que l’on pourrait appeler la vraie réalité. Par ailleurs la photo est borgne et la profondeur de champ étendue ou limitée, s’écarte de celle de l’œil humain. Sans parler de la couleur, d’autres éléments viennent encore biaiser l’image photo : l’instantané présente un bref instant qui peut être celui d’une grimace, d’une expression rare ayant peu de rapport avec la synthèse qui représente pour nous la vérité de chacun, l’image-mémoire que nous conservons d’un individu et qui nous fait dire : « C’est bien lui, c’est bien elle ».

_ Pour aller dans votre sens, toutes les photos de magazines sont aujourd’hui retouchées sur ordinateur, les silhouettes allongées, les rides et les boutons effacés…

_ Oui c’est étrange, quand il n’y a pas si longtemps l’on tournait en dérision les clichés artistiquement flous des Pictorialistes et surtout quand l’on critiquait un peintre d’ « idéaliser » son modèle. Le mot idéaliser recelait la pire injure. La tâche incontestée du peintre étant de rendre le moindre défaut de son modèle pour bien montrer que rien ne lui échappe.

_ Je reconnais qu’il était même bien vu de tourner discrètement en dérision son commanditaire…

_ Les artistes du passé ont souvent eu recours à l’image reportée au travers d’un objectif, et cela bien avant qu’on puisse la fixer sur un support. Citons par exemple Holbein, Vermeer, Canaletto… Quand il fut possible de conserver une image sur métal mieux, sur papier, nombreux sont les peintres qui l’utilisèrent : Ingres, Degas, Picasso, mais on peut citer aussi Maxfield Parrish, Norman Rockwell ou Francis Bacon… Tout dépend de ce que l’on fait d’une photo. Un véritable artiste ne la copie pas. Il convertit certains de ses éléments dans un autre langage, celui des moyens plastiques. En d’autres termes, le travail d’un artiste est de créer et d’organiser des formes dans l’espace du tableau, formes qui peuvent emprunter certaines analogies avec le réel…

_ Je ne comprends pas bien ce que vous dites. Est-ce que vous critiquez l’Hyperréalisme ?

_ Effectivement, je ne suis pas très convaincu de l’intérêt, pour un artiste, de s’absorber dans la reproduction méticuleuse d’une photo projetée sur une toile, en reportant même les défauts du système optique…

_ Cette dissolution doit se penser comme une prétérition. Il s’agit de mettre en danger le spectateur, de l’obliger à s’interroger sur ses habitudes, ses paresses, sur les conventions qu’il admet sans broncher, sans les comprendre. L’œuvre n’est rien, c’est l’enchaînement de réflexions qu’elle entraîne qui compte.

_ J’ai bien saisi, mais l’équation paradoxale « ce que l’on considère couramment comme non-artistique devient artistique par la seule action de mon bon vouloir magique » me laisse dubitatif. Le prix à payer quant à la qualité de l’œuvre est trop lourd ; il faut tirer un trait sur la sensualité. Cette tentative de faire basculer l’œuvre d’art du domaine de la perception dans celui du concept ne vaut pas la peine. Si l’on veut défendre des idées, on rédige un essai, un traité.

_ Mais c’est toute l’orientation de l’art contemporain ! Comment pouvez-vous remettre en cause un virage qui dure depuis déjà…

_ Trop longtemps ! Les meilleures plaisanteries sont les plus courtes. Car c’est une blague de potache.

_ Etes-vous persuadé vraiment que cette orientation tient de l’humour, de la distraction ? Ne comprenez-vous pas que ceux qui alimentent un marché non négligeable, cultivent des intentions moins simplistes, et cachent un travail de sape très élaboré ?

_ Vous avez raison, je suis trop gentil ! Un art fondé sur la dérision qui prétend obliger le spectateur à réagir, à réfléchir sur la vanité de la civilisation, dévoile toute l’étendue de son arrogance ! Il est absurde de soutenir que nous n’avons plus besoin du beau, que désormais l’art s’établit sur d’autres bases. C’est une preuve d’impuissance. Le beau est indispensable et c’est l’art qui est le plus apte à le créer. Mais qui a intérêt à s’apercevoir que le roi est nu ?

_ Je ne discuterai pas plus longtemps ce sujet qui nous entraînerait trop loin et sortirait du cadre de cet entretien, mais, pour en revenir à la photographie, à son utilisation par des artistes, vous auriez pu citer Le Nouveau Réalisme, le Pop Art…

_ Oui…

_ Justement. Comment réagissez-vous quand on évoque le nom d’Andy Warhol à propos de vos œuvres ; des images de « people » cadrées de près ?

_ D’abord, le cadrage dont vous parlez se trouvait déjà, par exemple, dans La jeune fille à la perle de Vermeer et même plus haut dans le passé… dans les portraits du Fayoum… On peut trouver des ressemblances où l’on veut. Van Gogh ne doit-il pas beaucoup à Fragonard, Modigliani à Ingres, Rembrandt à Leonard de Vinci ? Picasso ne reproduit-il pas de l’art primitif avec tout le confort moderne ? Plus sérieusement, ce rapprochement trahit un regard très superficiel, tant sur mes œuvres que sur celles de Warhol… et sur la peinture en général. En fait, il n’y a guère de points communs ; Warhol transfère grossièrement des photos sur la toile (qui ne sont pas toujours celles qu’il a prises lui-même, par exemple pour sa célèbre Marilyn), ou si vous voulez, il les imprime, puis il passe très approximativement dessus de la peinture qui laisse voir par une transparence plutôt sale et terne, les noirs de la photo. Personne n’a jamais dit que Warhol était un grand coloriste. Ce n’est pas du tout ma façon de procéder, vous pouvez regarder… La lecture en est donc différente. Au point de vue esthétique comme au point de vue plastique, il s’agit de deux univers aux antipodes. Warhol cherche à manifester sa désinvolture et son mépris pour la sacralisation médiatique, c’est tout le sens du Pop Art d’ailleurs. Je n’ai pas envie de ce jeu pervers avec la création et d’ailleurs je ne vois pas que le public ait compris le message qui regarde toujours au premier degré ces Marilyn...

_Et quand on parle de « postérisation » ?

_ Vous voulez parler de ceux qui utilisent un procédé de simplification des photos en quelques zones planes, mais aux bords tristement irréguliers, puis qui le reproduisent avec soin, soumettant l’artiste à l’ennui d’un travail privé de toute invention, mécanique, répétitif ? Je ne pense pas que la postérisation que, par exemple un logiciel d’ordinateur délivre d’une photo, puisse remplacer l’œil, l’expérience, la capacité de synthèse, d’épure ou même de stylisation, c’est-à-dire de choix, d’un artiste. Le procédé est trop rudimentaire, je dirai « aveugle » ou même « bête ». Il ne construit pas de formes et ne fait que les déliter. Pas de rythme donc pas de puissance. A nouveau, regardez bien ; ma peinture ne ressemble que de très très loin aux deux cas que vous évoquez qui souffrent l’un et l’autre de carences plastiques et colorées profondes… Mais je suis content que mes portraits vous semblent posséder l’évidente vérité de la photo, le réalisme apparent du cliché alors qu’ils sont tracés avec des contraintes plastiques particulièrement exigeantes : toute forme est délimitée par un trait au fort degré d’abstraction, pour que toute courbe soit autonome, toute ligne soit « belle ». Toute surface est un aplat sans moindre trace de dégradé de modulation. Toute composition colorée forme une harmonie, sans nulle référence à l’impact d’un rayon de soleil sur un volume… Pour en revenir à ce que vous disiez au début, ni Warhol, ni ceux qui reproduisent une postérisation ne répondent à ces règles…

_ On dirait du Mondrian…

_ Et pourquoi pas ?

_ Vous parlez d’harmonie colorée. On dit généralement « des goûts et des couleurs… »

_ En art, la question ne se pose pas ainsi. Il s’agit de réunir des nuances qui présentent un réseau de relations particulières. Elles forment un tout, car elles ont des raisons d’être les unes avec les autres. Les médiocres artistes choisissent et assemblent, comme au hasard, des échantillons qui n’ont aucun dénominateur commun et donc n’ont rien à faire ensemble. L’éclat de mes toiles n’est pas dû à la violence des tons mais à la justesse des accords. Si le cadre de cet échange ne permet pas un traité sur la couleur, vous pourriez cependant chercher à imaginer, dans d’autres domaines, des analogies avec ce qui peut distinguer une façon de l’autre…

_ Votre art se définit comme décoratif. Il ne s’agit pas pour vous de puiser au plus profond de l’humain, de révéler une part intime et troublante de vous-même ou de réveiller la conscience d’une société.

_ Là, c’est moi qui refuse de vous accompagner. Tout art est par essence décoratif. Du Jugement Dernier de Michel-Ange aux Ateliers de Braque. Je ne comprends pas pourquoi l’art s’ennoblirait de véhiculer la douleur ou le dégoût et se dévaloriserait de créer le beau. Pourquoi ce dernier serait plus facile à atteindre et donc moins estimable que les tourments de la subjectivité, le jaillissement du cri primal ? Pourquoi placer le spectateur devant le sordide mériterait plus d’éloges que lui apporter le réconfort et les vitamines d’une pensée visuelle éloquente ?

_ Ne craignez vous pas d’utiliser des références périmées ?

_ Vous remarquerez que je ne m’inspire pas de l’aspect des grandes œuvres du passé ; j’essaie d’en comprendre l’esprit, de saisir par exemple ce qui réunit Fra Angelico et Kandinsky, Largillière et Vuillard… A travers la diversité, un principe commun les rassemble. Mais vous avez raison, certains discours me paraissent désuets, comme celui de Marcel Duchamp, les dérives du Surréalisme etc… La surenchère de la provocation m’apparaît complètement dépassée ; il y a mieux à faire, plus à léguer aux générations futures, en ce début d’une ère nouvelle, qu’à se flatter de pouvoir toujours choquer le bourgeois, qu’à se gausser de ses petitesses. Cela ne m’empêche pas de travailler avec les moyens modernes…

_ Ainsi vous utilisez la photo.

_ Qui peut s’en passer aujourd’hui ? Beaucoup rêvent des « vrais artistes » qui faisaient poser leur modèle de longues heures, mais ce n’est pas la virtuosité de la main qui fait le peintre, mais l’exigence du regard. Un artiste doit employer les techniques de son temps, ce qu’elles lui apportent de facilités pour aller plus loin. Il en a toujours été ainsi à tous les stades de la création. L’acrylique n’est pas l’huile et doit être employée différemment, car elle offre des ressources qui sont mal aisées avec l’autre. Le plus intéressant, j’allais dire, le plus amusant, peut-être pour moi dans l’utilisation de la photo c’est sa capacité d’abolir le temps. Pourvu qu’il existe des témoignages, nous pouvons peindre aujourd’hui des personnages morts depuis longtemps. Quand un peintre du passé voulait reprendre les traits d’un personnage disparu il devait se confronter à l’esthétique souvent forte d’un de ses prédécesseurs.

_ Mais vous peignez sur toile, n’est-ce pas un médium devenu caduc ?

_ Je ne crois pas. Le problème qu’il faut se poser en art, ce n’est pas la modernité, mais l’adéquation. Rien n’est plus commode, finalement qu’étaler de la peinture sur un support qui sert à décorer les murs, à égayer la vie.

_ Toujours le plaisir. C’est cela qui vous éloigne de l’Art Contemporain !

_ Que voulez-vous, je ne suis pas un ascète. Le plaisir serait-il démodé ?

_ Malgré ce que vous avez développé, il me semble que vous vous souciez de restituer votre modèle ?

_ Mais, certainement. Il n’y a pas de contradiction. Je cherche à rendre l’évidence de ses traits, mais toujours au travers d’une préoccupation dominante, celle de la qualité artistique. Il faut trouver une équivalence et non pas une copie. De plus, mon objectif est de produire une image flatteuse, bien que cette recherche n’ait pas bonne presse. Je suis conscient, par ailleurs, que chaque artiste montre de son modèle une image différente, mais c’est déjà le cas dans la photographie.

_ A vous entendre, je ne vois pas comment vous considérez le problème de l’originalité d’un artiste, car enfin, c’est bien ce qui caractérise le grand artiste, celui qui se distingue et qui fait date. C’est par là qu’il peut espérer passer à la postérité.

_ Puisque le terme « Art Contemporain » signifie l’absence revendiquée de définition (tout peut être de l’art), rien n’est plus facile qu’être original, mais en conséquence, rien n’est plus galvaudé que l’originalité. On exagère la nécessité d’apporter du neuf pour mieux éviter de s’interroger sur la qualité qui tient au plus profond d’une œuvre. La part de nouveauté disparaît vite et je ne crois pas qu’il soit raisonnable de se poser seulement la question « qui était le premier ? », outre qu’il faut être bien informé pour ne pas se tromper, il vaudrait mieux se demander « qui fait le mieux » parmi ceux qui se ressemblent un peu, car ils sont l’expression d’une même époque. Vous voyez que certaines préoccupations peuvent se retourner, car cela semble l’inverse de l’originalité... La mode étonne toujours au premier abord, pour se démoder ensuite. Elle est choc et charme d’abord pour terminer ridicule et kitsch…

_ Mais, c’est inévitable…

_ Alors, pour que l’on ne porte pas demain un regard blasé sur une œuvre d’aujourd’hui, pour que ce regard ne soit pas différent demain, avec la disparition du « tout nouveau tout beau », il faut que l’essentiel échappe à l’éphémère. L’important n’est pas de s’inscrire dans le temps qui passe mais dans l’intemporel, c’est là, contrairement à ce que l’on entend ressasser, que se situe la qualité artistique. Comme amateur on ne doit pas regarder une œuvre de Véronèse, de Vouet comme le témoignage d’un goût révolu, mais comme une création vivante. Sinon il n’y a pas de perception artistique. Notre époque cherche à se griser par son progrès alors que dans son art elle trahit une stagnation.

_ Il est couramment admis qu’un artiste doit appartenir à son temps. Cette qualité, ce miracle, de refléter dans son œuvre toute son époque, mérite l’admiration.

_ Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet et certains génies universellement respectés n’entrent pas exactement dans cette catégorie... La nouveauté s’est parfois traduite par le fait de puiser dans le passé plus ou moins lointain… Je me sens particulièrement engagé à construire un art du XXIe siècle, innovant, sur des bases saines, porteur d’avenir. Mais la nouveauté apparente ne garantit rien. Comment pourriez-vous oublier les mésaventures d’un courant qui se présentait comme celui d’un avenir à portée de main, je veux parler de l’Art Cinétique. La science paraissait cautionner cette vision nouvelle d’œuvres qui se refusaient à tout sentimentalisme. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Certainement ce courant n’a pas tracé la voie du futur…

_ Vous venez de mentionner, l’émotion… N’est-ce pas ce flash qui traverse à l’improviste le spectateur suffisamment à l’écoute du monde qui l’entoure, pour lui révéler un message ?

_ A mon tour ! Une grande œuvre génère toujours chez celui qui la comprend l’émotion de découvrir un rivage grandiose, un univers de perfection ; celle de sa structure. Malheureusement l’Art contemporain semble ignorer tout squelette et son avenir n’est pas rassurant…

_Que voulez-vous dire ? Aujourd’hui seule une minorité d’arriérés conteste l’Art Contemporain ? Nous avons fait un grand pas et l’avant-garde est désormais reconnue au moment même où elle se crée, sans le triste décalage qui déshonore les siècles passés. Les prix atteints par certains artistes ne vous le prouve-t-il pas ?

_ Non, et cela devrait vous inquiéter au lieu de vous rassurer. Une œuvre que les institutions valorisent et embaument à peine sortie de l’atelier, cela devrait vous rappeler quelque chose… Il faut vous réveiller pour apercevoir que la contemplation nombriliste de l’artiste hypnotisé par la vacuité du monde est aujourd’hui totalement démodée. Un nouveau siècle s’offre à nous. Il faudrait s’interroger sur notre apport au futur et sans plus tarder, retrousser ses manches, car il devient urgent de réinventer un nouveau langage plastique qui précipite dans les oubliettes une avant-garde qui n’en est plus une depuis longtemps… Ce que vous appelez « Art Contemporain » n’est que l’art du siècle passé. Evidemment il faut reprendre les choses au début, comme plusieurs fois dans le passé l’artiste a dû le faire. L’art de Caravage par exemple est moins complexe que celui de Véronèse car il inaugure de nouvelles solutions. On commence à prendre au sérieux les alertes à la pollution. Il faudrait aussi réagir contre la pollution artistique, cette production prétentieuse qui a perverti bien des regards, bien des esprits…

_ Attention ce n’est pas très politiquement correct. On risque de vous taxer d’académisme réactionnaire.

_ L’académisme est dans toute cette production encensée qui se vend horriblement cher, au point que c’en est indécent. Meissonnier doit se retourner dans sa tombe, ou plutôt il doit se refaire une jeunesse. Visiblement l’on n’a pas encore assimilé la leçon du XIXème siècle, et probablement l’on surestime le XXème… On pourra méditer sur le fait que notre époque ne révère chez les morts que les génies méconnus, les artistes maudits qui ont mangé de la vache enragée, gage de leur qualité, alors qu’elle ne respecte chez les vivants que les people reconnus médiatisés ! Quelle belle incohérence !

_ L’art n’est il pas subjectif ? N’a-t-on pas assez prouvé par un travail audacieux, inlassablement répété que le goût change et que le public doit cesser de se reposer sur sa bonne éducation, sur des conventions creuses, et que l’art ne vaut que par ses audaces à l’instant du risque ?

_ Je sais : tout lasse, tout passe, tout casse… Non ! Vous faites fausse route. La preuve n’est pas faite de cette théorie. C’est une spéculation confortable mais qui n’est pas vérifiée. Les musées et l’intérêt renouvelé pour les génies du passé, pour lesquels on dépense des fortunes dans les enchères ; tout va dans le sens inverse. Rien n’est plus tangible que cette réalité là. Certes, les intellectuels n’ont pas réussi à échafauder une explication valable de l’art, mais pour un esprit scientifique, ce n’est pas parce qu’aucune théorie n’explique à un moment donné un phénomène, qu’il n’existe pas. La valeur de l’art est intrinsèque. Je connais bien cette idéologie dominante cherchant à intimider les uns comme à rassurer les autres, qui interdit de prononcer que l’art doit répondre à des critères. C’est absurde. L’art se soumet obligatoirement à un jugement de valeur et tous les tirs groupés depuis des années n’ont pas réussi à enterrer cette vérité. A force de croire que l’art de demain se cache nécessairement dans celui qui n’apparaît pas pour tel aujourd’hui, l’on finit par adorer le kitsch, le tape à l’œil, le n’importe quoi dont la vulgarité devrait vous détourner… C’est le Veau d’or…

Jacques Chuilon
22 rue Rambuteau
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