Muriel Cayet   -  GALERIE VIRTUELLE OHO-ART  :  ART CONTEMPORAIN

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Muriel Cayet

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ART CONTEMPORAIN - peinture / Galerie virtuelle de l'artiste contemporain muriel cayet  
  Ma démarche artistique :
Je vais devoir ici envisager deux états qui en fait n’en font qu’un : celui d’artiste et celui d’art-thérapeute ou artiste accompagnant la création, ou comme encore artiste compagnon de voyage ( termes choisis et bien choisis par MC Joulia, Artiste-peintre, compagnon de voyage à l’hôpital psychiatrique de Bourges). En atelier, nous sommes tous des co-créateurs et nous devons apprendre à créer en compagnie, et parfois à être seuls en compagnie, ou encore à accompagner dans la création en se mettant soi en retrait ! J’aime ce rôle de troisième regard, d’œil étranger mais néanmoins ami qui se pose sur les toiles ou les écrits de ceux que j’accompagne : je suis comme le guide de haute montagne, j’assure la voie, et ensuite… je me mets en retrait pour ne jamais gêner l’autre dans l’expression.

Etre seul… en compagnie !
Quand j’écris – pour moi- ou quand je peins, je suis seule le plus souvent, mais jamais je ne me sens quelqu’un de particulier, en dehors de la réalité et des préoccupations du quotidien. Mais je me sens incontestablement plus riche, plus forte aussi, parce que je dispose de ce plus qui me permet de rejeter tous les miasmes de ce quotidien, de les rejeter en les magnifiant par la création artistique. Les artistes sont peut-être des gens à part en ce sens qu’ils sont des éponges et qu’ils absorbent tout : le Bon, le Bien, le Beau, sans doute, mais aussi tout le reste et jusqu’à l’engorgement. Heureusement, l’expression est là pour permettre d’évacuer, de dire, de rejeter…dans l’urgence ou dans la réflexion, et de sublimer – concept primordial mais bien compliqué que celui de la sublimation…- les pulsions, mais aussi les peurs, les doutes, les traumatismes – autre concept primordial que celui de la résilience …

Dans l’acte créatif «pur» il n’y a souvent aucune préméditation, mais une sorte d’instinct, d’obligation vitale fulgurante qui pousse l’artiste peintre à ses pinceaux et à sa toile blanche, et l’auteur la plume et la feuille, blanche elle aussi. «Peindre s’est se créer soi-même ».
Picasso disait aussi : «si l’on sait exactement ce qu’on va peindre, alors à quoi bon le peindre ».Ce constat m’oblige à m’arrêter un instant sur l’absence de préméditation et sur le besoin vital de créer, et comme je parle de ce que je connais, d’écrire par exemple.

Je ne puis qu’adhérer et confirmer que je ressens moi aussi en commençant une histoire une sorte de vide magnifique, un chemin à tracer, des vies à enfanter, des articulations à huiler, un vaste programme dont je sais que je sortirai grandie, changée, enrichie, mais que je démarre en ignorant absolument où je vais véritablement. Je dispose de pistes, de clés, d’un fil conducteur, certes, mais je ne connais pas les aboutissants de ces postulats. Parfois une histoire peut naître d’un mot ou d’une image, d’une sensation, d’une odeur, elle naît mais on sait intrinsèquement, presque viscéralement qu’elle était en nous, prête à mûrir, qu’il suffisait d’un élément extérieur anodin le plus souvent, pour que tout s’enchaîne. Absence de préméditation certes, besoin immédiat à satisfaire comme dans l’urgence d’un besoin vital, encore, mais aussi une notion plus vague qui n’est pas uniquement celle de précaution évoquée dans le manuel, mais je dirais de prédestination.
Comme si tout ne demandait qu’à se mettre en œuvre, naturellement, mais d’une manière obligée. Comme si aussi, nous nous fixiions un but, celui de donner absolument un sens à chaque œuvre, qu’elle soit littéraire ou picturale pour ce qui me concerne et qui a chaque fois, rend la vie plus riche, plus pleine, plus ronde, plus consciente et plus aboutie.

Tous ces qualificatifs me poussent à ne jamais cesser de créer, pour accomplir, pour aboutir, pour avancer, creuser encore et travailler, sur soi, acquérir des connaissances, mais aussi marquer de son empreinte son temps, graver les mots et les couleurs, pour transmettre quelque chose, l’essence de soi, pour que ce passage sur terre serve à quelque chose, pour qu’une part de soi demeure après la mort. Certes la maternité permet aussi de ressentir cette possible survivance, cette poussière d’éternité, c’est pour certaines et certains, l’une des plus belles œuvres qu’une femme puisse créer !
On naît souvent au monde et à une certaine forme de connaissance de soi en mettant au monde un enfant et ce processus naturel, mais magique, se retrouve dans la création d’une œuvre artistique.
Nature et magie se mêlent pour tenter d’atteindre une certaine forme d’éternité. Créer ou recréer le réel, quand on a conscience de sa magie, devient un besoin vital, presque aussi irraisonné que peut l’être le désir d’enfant, ce si inexplicable sentiment qui naît au fond de soi.
Je suis femme, mère, auteur, coloriste et art-thérapeute, je cherche aussi, je trouve parfois, je n’ai aucune autre certitude que celle de vouloir toujours avancer, pour que ce passage, cette vie, serve à quelque chose, que j’aie l’absolue conscience de vivre chaque instant, que je ne passe pas à côté de cette magie.
La création quelle qu’elle soit, permet de donner un sens à sa vie et je dirai plus encore, un sens à la mort… qui n’a de sens que si elle ne représente pas une fin absolue, mais une cessation d’existence, le souvenir, la mémoire, les œuvres demeurant.

Absence de préméditation, besoin vital, énergie intrinsèque et viscérale, volonté consciente ou non de marquer son temps, de transmettre : c’est ainsi que je ressens, que je comprends la création artistique.

Il me revient en mémoire à ce stade précis de cette analyse, le très intéressant livre de Viktor E. Frankl ( psychiatre, docteur en médecine, philosophe, né en 1905 en Autriche et longtemps prisonnier des camps de concentration) Découvrir un sens à sa vie … avec la logothérapie qui aime à citer Nietzsche : « Celui qui a un « pourquoi » qui lui tient lieu de but, de finalité, peut vivre avec n’importe quel « comment ».

Et ne pourrions-nous pas aller plus loin en considérant que chacun a un pourquoi, que chez tout individu, même en situation de difficultés, de souffrance, de rejet, de désastre personnel, persiste des zones sensibles, actives, primordiales capables d’entrer dans une dynamique de vie, de résistance et dans le domaine qui nous occupe, de création, de succès par la création, de reconquête de l’estime de soi par l’expression artistique.
De la toile blanche à l’œuvre réalisée, les pensées les plus profondes, les nœuds et les blocages, les désirs prennent forme, remontent à une forme de mémoire vive qui s’exprime par le pinceau, ou les notes, ou l’écriture ou encore les mouvements du corps, mais transformés, sublimés ou encore éloignés.
Lutter contre le vide existentiel, donner un sens à sa vie en ayant conscience de sa responsabilité, être conscient du caractère limité de la vie et irrévocable de ce que nous faisons de notre vie et de nous-mêmes ; il semblerait que les artistes, poussés par cet irrépressible besoin de créer toujours, soient plus « riches » mais aussi plus à l’abri de ce vide existentiel.
L’accomplissement d’une œuvre est vital pour l’artiste, certes, mais en donnant un sens à sa vie, il s’éloigne aussi du vide existentiel, ce qui n’exclut pas l’angoisse de la création, de la difficulté de créer… mais c’est autre chose !
Et les artistes gravent ce passé, le martèlent ou l’offrent non pas seulement pour atteindre l’éternité, mais pour donner un sens à ce passage éphémère et aléatoire qu’est la vie.
Je retiendrai pour ma part cette phrase de Flaubert, que je fais non seulement mienne sans réserve, mais qui se rapproche étrangement de notre sujet de réflexion :

«L’art n’est grand que parce qu’il grandit. » (Correspondance à Louise Colet 1847).

 
     
 
 

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